Attendre Godot : se dépêcher de mourrir

           La plus célèbre pièce de Beckett, En attendant Godot, joue de l’absurde et de l’étrange pour délivrer le message cher à ce dramaturge : le vide de l’existence humaine, magnifiquement rempli par ce chef-d’œuvre.

            L’intrigue de la pièce est tout ce qu’il y a de plus simple : deux hommes, Estragon et Vladimir, attendent un certain Godot, dont tout nous est inconnu. Ils vont donc devoir se battre contre un ennemi terrible : le temps, qui jamais ne passe. Tout l’enjeu des dialogues des personnages est de trouver la plus petite distraction, le plus petit étonnement au moindre détail, à la moindre insignifiance. Tout ça dans la plus grande vanité, car il n’y a qu’à lire la liste des personnages pour comprendre que Godot ne viendra jamais.

            Comment Beckett parvient-il alors à rendre le vide spectaculaire ? Par des dialogues simples, qui dissimulent nombre d’idées, celles d’une philosophie cynique où l’homme ne fait que chercher le moyen de tuer le temps immobile, en attendant la mort qui n’a qu’un nom : Godot, qui ne vient jamais les sauver de l’existence (Godot n’est-il pas d’ailleurs l’anagramme de To God ?). Encore par des personnages étranges, sinistrement comiques, qui tentent d’échapper au vide par le bazar de leur personnalité qui s’efface bien vite à la moindre faiblesse. Tout n’est qu’effort pour combler les silences qui frappent comme des coups de poignards.

            Ce complexe du vide de l’existence humaine sera encore plus évident dans Fin de Partie, ou Oh ! Les beaux jours, où les personnages sont privés même de leurs corps ! Dans toutes ses pièces, Beckett délivre le même lugubre message : nous ne pouvons que nous acharner à animer notre vie inerte, en attendant Godot, le terrifiant sauveur.

Charlie PLES.

Illustration : Charlie Plès.

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