Mattt Konture était un enfant qui voyait des monstres partout, et c’est à cet enfant qu’il rend perpétuellement hommage à chacun de ses dessins. Les Contures (2004) sont donc un morceau de lui-même, mais aussi un essai sur la représentation de l’innommable.
Les « Contures », c’est le mot que Mattt donnait enfant aux objets qu’il ne parvenait pas à identifier, qu’il trouvait bizarres, insaisissables. Par extension, il a attribué ce nom aux créatures de ses cauchemars. Le projet de cet album est donc de parvenir à représenter ses rêves d’enfants dans tout leur caractère d’irreprésentable… une tâche toujours vouée à l’échec.
On voit l’effort de l’artiste qui essaye de replonger profondément en lui pour chercher cette substance de l’enfance, cette poussière d’expérience mystique : toute une cohorte intérieure qui au contact de l’air se désagrège. Parfois, Mattt se réjouit d’avoir retrouvé un peu d’essence, puis il se met à détester ses planches qui appauvrissent l’étrangeté de ses Contures. Pourtant, certaines d’entre elles comptent parmi les plus psychédéliques que nous puissions trouver. Donner forme à l’informe, c’est le ridiculiser. Toute œuvre d’art est une pâle figure de vie intérieure.
Georges Bataille écrivait dans La littérature et le mal (1957) : « La littérature, je l’ai lentement voulu démontrer, c’est l’enfance enfin retrouvée. »
Le livre est court, mais témoigne d’un effort harassant, déchirant et même désespéré. Celui d’un éternel retour impossible à l’enfance : une vie de dessin, une vie consacrée à cette tentative. Mais dans la vanité, Mattt Konture trouve, sinon la joie, du moins la force de dessiner encore.
Texte et illustration : Charlie PLÈS.
Les Contures, Mattt Konture, Association, 2004, 48 pages.
