Une réflexion stérile sur la civilisation du « kitch »

Dans Le nouvel âge du Kitsch, Essai sur la civilisation du trop (2023/Gallimard), Gilles Lipovestky et Jean Serroy tentent de définir notre société outrancière dans sa consommation, dans sa mise en valeur de l’apparence et du luxe, à travers la notion de kitsch qu’il déploie dans toutes les sphères d’études humaines : sociales, économiques, culturelles… Concept intéressant, mais le livre est trop marqué par les obsessions de Lipovestky et tourne un peu en rond.

Le kitsch surgit au XIXe siècle pour envahir les salons de la nouvelle bourgeoisie qui veut exhiber sa richesse. Le désir de montrer l’opulence passe donc par la profusion dans la quantité comme dans les volumes, et finit par rejoindre le grotesque.

Ce qui n’était d’abord qu’une esthétique va finalement contaminer tous les aspects du modèle néocapitaliste

Le « néo » c’est une obsession chez Lipovetsky, dont la critique du monde contemporain échappe rarement au mépris : il hait tellement l’économie de marché et la globalisation culturelle et idéologique qu’il finit par en trouver les symptômes absolument partout… et à sombrer parfois dans une attitude réactionnaire.

Lipovetsky a tendance à vouloir faire défiler son concept jusqu’à dérouler toute la pelote, ce qui peut le conduire à la contradiction : ici, à travers la profusion, l’exubérance et l’outrance, il décrit un phénomène qu’il désignait déjà dans un précédent livre, intitulé étonnamment… L’ère du vide (1983).

Et même au sein de ce seul livre, la contradiction est présente : à vouloir faire rentrer tout et n’importe quoi dans le « kitsch » (du McDo à la langue lacanienne en passant par la pornographie ou la mode), on finit le bouquin de 450 pages sans avoir bien compris ce qu’est le kitsch, sinon un mot-raccourci pour désigner tout ce que Lipovetsky trouve de détestable ou de ridicule dans le monde.

L’ouvrage finit par devenir lui-même kitsch selon sa propre définition

Et puis dans la profusion, l’énumération des éléments kitsch, et leur surqualification, le patinage d’une argumentation en surplace qui fait simplement défiler un argument unique sur une multitude d’exemples interchangeables… le livre finit par devenir lui-même kitsch selon sa propre définition !

Réflexion un peu stérile donc. Cependant, si on décide de le lire comme une peinture satirique de notre temps, ça fonctionne tout de suite mieux !

Texte et illustration : Charlie PLÈS.

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