Un Jardin d’été pour apprendre à vivre et à perdre

Premier ouvrage de l’autrice japonaise Kazumi Yumoto, Jardin d’été est un doux roman d’apprentissage dans lequel trois amis en dernière année d’école primaire s’avouent leur peur la plus secrète, celle de mourir. Afin de percer les secrets de l’au-delà, les trois garçons décident d’espionner un vieil homme isolé dont ils soupçonnent la mort prochaine. Lorsque ce dernier s’en aperçoit, une amitié se tisse entre eux et redonne des couleurs et de la force au jardin et à la vie du vieillard.

Kawabe le bigleux, Yamashita le gros lard et Kiyama le narrateur sont inséparables. Ils sont âgés de douze ans lorsque la grand-mère de Yamashita décède. Pour percer ce mystère intrigant qu’est la mort, les trois amis décident d’investiguer en observant le quotidien d’un vieil homme de leur quartier. Ce dernier semble vivre en attendant la mort, dans une maison dépersonnalisée et insipide et au jardin jonché de détritus malodorants. Lui-même passe ses journées assis devant sa télévision comme un mort-vivant, se nourrissant de bentos tout prêts et ne sortant que pour faire ses courses. Lorsque le vieillard se rend compte que trois polissons l’épient, il les met à profit en travaillant dans son jardin. Petit à petit, une amitié se dessine, mêlant naïveté, sagesse et partage. Sans rechigner, les garçons sortent les poubelles du vieil homme, fleurissent son jardin et repeignent les volets et la façade de sa maison. Le vieillard bénéficie d’un regain de vie et d’oreilles attentives à qui raconter son histoire pour, peut-être, apaiser les regrets de sa vie avant de s’en aller.

Si ça se trouve, vieillir n’est pas aussi désagréable qu’on l’imagine. Plus on vieillit plus on a de souvenirs. Et quand le propriétaire de tous ces souvenirs disparaît, les souvenirs, eux, continuent peut-être à flotter dans l’atmosphère, se mêlant à la pluie ou imprégnant la terre.

De ce qui semble être au départ une farce macabre se révèle être une histoire touchante et rafraîchissante. L’écriture délicate de Kazumi Yumoto transforme ces sujets difficiles en une véritable leçon sur la solitude, le temps qui passe et le passage de relais entre les générations avec une fraîcheur teintée d’insouciance et de malice. Le temps d’un été, les écoliers oublient leurs soucis familiaux, qui bien souvent les dépassent, ainsi que la pression scolaire pour profiter des souvenirs d’un vieil homme et de son expérience de vie. Cette amitié transgénérationnelle met en lumière la richesse des liens humains, avec en son cœur le partage entre jeunes et anciens. La vitalité du trio redonne au vieil homme une envie de vivre qu’il avait depuis longtemps perdu tandis que la sagesse de l’aîné se grave dans le cœur des enfants, les invitant à vivre leur vie pour eux-mêmes. Jardin d’été conte une poignante sortie de l’enfance où la conscience de la mort donne le goût à la vie.

Texte et photo : Marion POTTIER.

Jardin d’été, Kazumi Yumoto, 1992, traduction de Jean-Christian Bouvier, réédition 2026 Les Editions du Typhon, 210 pages.