Le Livre des Ombres (2024) est un ouvrage d’Alix Paré qui propose un voyage dans la peinture romantique, préraphaélite, mais aussi, symboliste, à travers les différents motifs du fantastique. Tradition et modernité s’affrontent dans des oeuvres à l’inquiétante étrangeté…
Trois cents oeuvres de cent cinquante artistes, de la fin du XVIIIe au début du XXe, c’est donc à une exploration du siècle mélancolique et angoissé que nous invite Alix Paré.
Le Livre des Ombres est divisé selon plusieurs thématiques qui ont fasciné les peintres : la nuit, les anges, les démons, mais aussi, les sorcières et les femmes fatales, dans un siècle marqué par la misogynie qui fait de la femme une créature inquiétante, hystérique, et tentatrice.
Autre discipline qui ancre la misogynie : la psychanalyse. La naissance de cette nouvelle science, bien qu’elle ne soit pas évoquée dans l’ouvrage, semble centrale pour comprendre cette fascination des artistes pour les ténèbres, l’insu, toutes les forces de ce qu’on ne nomme pas encore l’Inconscient.
Ainsi, l’enfer devient-il le territoire de l’art et Satan sa muse. Les romantiques sont marqués par la lecture de La Divine Comédie de Dante et du Paradis perdu de Milton, deux œuvres extrêmement prolixes en images et en symboles. La réactualisation de ces œuvres vient alors transformer les conceptions traditionnelles du bien et du mal, renverser la puissance du côté du Diable, tout en réaffirmant du même coup cette dichotomie bien/mal et donc le retour du sentiment religieux.
Une foi qui se mue plutôt en angoisse, un sentiment d’abandon de Dieu, né de la défiguration du monde par l’industrialisation, la perte de repères qui confine à se réfugier dans le fantasme et le sacré… quitte à mettre en péril les acquis des Lumières.
Texte et illustration : Charlie PLÈS.
Et pourtant, au fond de ces peintures, on croit voir luir…
