Soichi, le personnage doudou de Junji Ito

Soichi est le personnage le plus autobiographique du maître de l’horreur japonais, et ses aventures sont désormais rassemblées dans un volume chez Mangetsu (2022) ! Nous sentons ce rapport d’intimité entre l’auteur et son personnage. Mais si nous comprenons que Junji Ito s’amuse beaucoup avec les histoires de ce petit garçon maléfique, le lecteur ressent aussi une certaine faiblesse de ton par rapport à d’autres de ses œuvres beaucoup plus puissantes.

Soichi est un gamin solitaire et obsédé par l’occulte, qui aime jouer des tours à ses proches et leur jeter des malédictions. Il n’a pas d’amis et ne cherche pas vraiment à en avoir : il vit en autarcie dans son monde de fantômes.

Soichi sort un peu du lot par rapport au reste de l’œuvre de Junji Ito, puisqu’il s’inscrit davantage dans la comédie grotesque que dans l’horreur. Certes Soichi est parfois inquiétant avec son sourire plein des clous qu’il se fourre dans la bouche, mais il n’est pas un véritable antagoniste. La nature de ses malédictions reste ambigüe ; nous ne savons jamais si celles-ci se réalisent par hasard ou si le gamin a vraiment des pouvoirs occultes.

Une histoire plus lisse

Cependant, ce volume fascine moins que Tomie ou Spirale, justement parce qu’il souffre de son ambiance plus grand public. Comme toujours les personnages sont assez creux, stéréotypés, et ne subissent guère d’évolution. Cette faiblesse propre au format court se compense en général par les planches horrifiques d’Ito, mais ici elles se font beaucoup plus rares. D’un autre côté, quand elles surviennent, elles n’en sont que plus impressionnantes tant elles rompent avec la ligne claire et lisse.

Une fin qui rompt la monotonie

C’est particulièrement le cas avec les derniers chapitres qui rompent la monotonie du l’œuvre en imaginant Soichi adulte. Ce sont les meilleurs moments du livre, où l’horreur s’affirme crûment dans un style Massacre à la tronçonneuse… dommage que tout soit annulé par un « ce n’était qu’un rêve »…

Si le personnage a un immense potentiel, ce volume demeure globalement plus faible que les autres œuvres de Junji Ito.

Texte et illustration : Charlie PLÈS.

Soichi, Junji Ito, Mangetsu, 2022, 530 pages.

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