Serpents dans le jardin est le deuxième roman de Stefanie vor Schulte, traduit de l’allemand. L’auteure y raconte l’impossible retour à la vie quotidienne de la famille Mohn après la mort de Johanne. Comment le mari et les trois enfants peuvent-ils se remettre de la disparition du pilier de leur famille ?
Adam Mohn est hanté par le souvenir de sa femme et devient incapable de se montrer à la hauteur de ses obligations envers ses deux plus jeunes enfants. Steve, l’aîné, décide donc de revenir au domicile familial pour s’occuper de Linne et Micha. Dès les premières pages du livre, le lecteur suit une famille à la dérive, désunie par la mort et unie dans le deuil. La souffrance englue leur quotidien, au sein du foyer, mais aussi, dans tous les lieux publics qu’ils sont amenés à traverser. L’auteure la retranscrit avec justesse et sensibilité.
« Les Mohn ne s’inscrivent pas dans le cadre » (Serpents dans le jardin, p. 16)
Ce qui frappe dans ce roman, c’est la profonde discordance entre le bouleversement intérieur de cette famille et un monde extérieur régi par la norme ; une société polie, lissée, aseptisée où la souffrance des Mohn dérange. Une discordance qui devient bientôt manifeste avec l’intervention intrusive, dans la vie de la famille, d’une institution fictive, le Bureau du Deuil. Son rôle est de surveiller les individus dont le deuil s’éternise un peu trop. L’objectif est d’éliminer la perturbation que représentent les comportements déviants d’Adam, Steve, Linne et Micha.
Pour affronter cette épreuve, les Mohn trouveront du soutien. Quelques personnes extérieures à leur famille, elles-mêmes à l’écart des normes sociales, les accompagneront à travers l’épreuve qu’ils traverse. Mais surtout, ils se lanceront tous ensemble dans une étrange thérapie : réinventer la vie de Johanne à travers la mise en récit d’épisodes fantasmés de son passé, entre mensonge et imagination. C’est donc un bel éloge des vertus thérapeutiques de la fiction que fait Stefanie vor Schulte dans Serpents dans le jardin.
Texte, illustration et photo : Alex ALIX.
Stefanie vor Schulte, Serpents dans le jardin, traduit de l’allemand par Nicolas Véron, éditions Héloïse d’Ormesson, 2024, 205 pages.

« Les Mohn ne s’inscrivent pas dans le cadre » (Serpents dans le jardin, p. 16)