Dans son premier essai, Rouvrir le roman (2017), l’écrivaine Sophie Divry interroge ce genre populaire, hybride, souvent décrié, qu’est le roman. Depuis sa perspective de romancière, elle tente de penser l’activité du romancier en contexte contemporain et invite à questionner les conventions romanesques.
Sophie Divry voit le roman comme un genre propice à l’expérimentation, car il est très plastique : il permet d’aborder tous les sujets et peut prendre toutes les formes. Mais pour que le roman redevienne un terrain de jeu et d’innovation, le romancier doit tout d’abord porter un regard critique sur les codes romanesques. Dans la première partie de son essai, l’auteure remet en cause quelques injonctions qui pèsent sur le romancier et le conduisent à produire des romans codifiés. Sacralisation du style de l’auteur, attentes préconçues du lectorat, exigences des éditeurs, questionnement sur le statut d’écrivain, héritage des théories littéraires du XXe siècle ; Sophie Divry dresse un panorama du monde littéraire contemporain afin de mieux comprendre les romans d’aujourd’hui.
Dans la seconde partie du texte, elle s’attaque à plusieurs conventions formelles que l’on ne pense généralement pas à questionner lorsqu’on lit, ou même lorsqu’on écrit, en s’appuyant sur de nombreux exemples d’œuvres. Chapitre 1, elle examine quelques innovations typographiques proposées par certains auteurs pour remettre en cause la mise en page traditionnelle du roman. Chapitre 2, elle invite les romanciers à recourir plus souvent au comique pour stimuler leur créativité. Chapitre 3, elle appelle les écrivains à un travail sur la langue pour proposer de nouvelles images et associations d’idées, afin d’échapper à la redondance des métaphores stéréotypées. Chapitre 4, elle réfléchit aux effets des choix de mise en page des dialogues. Chapitre 5, c’est l’impératif d’un schéma narratif conventionnel au sein d’un roman qu’elle remet en cause.

« Certes, avec de la prudence on fait des livres, mais fait-on de la littérature ? » (Rouvrir le roman, p. 22)
En somme, Sophie Divry incite les romanciers à la prise de risque : oser sortir des sentiers battus pour produire des œuvres inédites. Non pas renoncer aux codes romanesques établis, mais réfléchir à des moyens d’y recourir autrement. Elle donne par la même occasion des clés aux lecteurs pour mieux comprendre les textes exploratoires et expérimentaux, parfois très déconcertants, qui peuvent résulter de telles démarches.
Texte, photo et illustration : Alex ALIX.
Rouvrir le roman, Sophie Divry, édition Noir sur Blanc, 2017, 202 pages.
