« Lire le Monde » est une série d’articles proposant de découvrir, à travers des livres, l’histoire, la culture et les enjeux de pays souvent méconnus. Une invitation au voyage et à l’ouverture au monde.
Ce premier article de la série nous emmène au Tibet avec Quand notre terre touchait le ciel écrit par Tsering Yangzom Lama. Fruit de dix années de travail, ce roman ancré dans l’histoire tibétaine plonge le lecteur au cœur d’une culture marquée par l’exil. À travers une saga familiale, l’autrice aborde des thèmes essentiels tout en conservant une plume poétique et sensible.
L’histoire d’un Tibet sacrifié
En 1959, l’armée chinoise envahit le Tibet, détruisant de nombreux lieux et objets liés à la culture tibétaine. Une grande partie de la population est alors contrainte à l’exil. Des familles entières fuient vers le Népal et s’installent dans des camps de réfugiés. Cet exil est d’abord perçu comme temporaire, porté par l’espoir d’une réaction internationale et d’un retour rapide. Pourtant, les années passent et la situation se pérennise. Aujourd’hui encore, le Tibet demeure sous contrôle chinois. Le roman suit plusieurs générations, de celles ayant connu l’exil à celles étant nées loin de leur terre d’origine.

Entre exil et culture
Comment préserver son identité culturelle lorsqu’on grandit sans jamais pouvoir se rendre sur la terre de ses ancêtres ? À travers son récit,Tsering Yangzom Lama aborde des thématiques universelles : « La colonisation, les déplacements forcés et l’exil ont bien des coûts, notamment celui de la proximité à notre propre histoire, culture et langue. » Le roman met en lumière ces enfants nés en exil, qui apprennent leur culture par la transmission des aînés, parlent une langue liée à un pays dont ils sont privés et cherchent leur place. Mais lorsque les générations ayant connu le Tibet disparaissent, comment préserver une culture authentique ? L’autrice confie que l’écriture du roman lui a permis d’en apprendre davantage sur son peuple, sa famille et elle-même.
Le patrimoine au cœur du récit
L’histoire s’articule autour d’une statue traditionnelle tibétaine, emportée lors de la fuite et transmise de génération en génération. Cet objet symbolique permet d’aborder la question du trafic d’artefacts et de la conservation du patrimoine culturel d’un pays colonisé. Une œuvre issue du patrimoine d’un peuple privé de sa terre peut-elle être acquise de manière éthique ? Les objets exposés dans les musées occidentaux relèvent-ils de la préservation ou du pillage culturel ?

Quand notre terre touchait le ciel est un roman puissant et instructif, que je recommande à toute personne s’intéressant aux cultures étrangères, à l’histoire ainsi qu’aux thèmes de l’exil et de l’identité culturelle.
Texte : Elsa FERREIRA.
Photo de couverture : Elsa FERREIRA.
Quand notre terre touchait le ciel de Tsering Yangzom Lama, aux éditions Le Livre de Poche, 10,40 €, 570 pages.
