« Les Travailleurs de la mer » : entre sublime et terreur

Dans Les travailleurs de la mer, publié en 1866, Victor Hugo parvient à créer cette ambiance fantasmatique du monde marin pré-industriel. Le roman est précédé d’un essai de cent pages qui dresse le décor, sa géographie, sa faune et sa flore, sa culture et son argot.

Dans un archipel de la Manche, une affaire de vol entraîne le naufrage de la Durande, la machine à vapeur de Mess Lethierry. Celui-ci promet la main de sa nièce Déruchette à celui qui lui rapportera son bateau. Gilliatt, fou amoureux de la promise, se lance alors dans cette entreprise folle, contre tous les éléments.

« La mélancolie, c’est le bonheur d’être triste »

Cette boulimie de documentation survient tout au long du roman, rappelant parfois le naturalisme à la Zola. Un soucis du détail qui échappe au réalisme par cette sensibilité du romantique et qui plonge, quand cette sensibilité est à la fois exaltée et maîtrisée, dans le fantastique.

Notre-Dame de Paris plaçait l’homme face au dogme, Les Misérables les plaçait face aux lois : Les Travailleurs de la mer illustre le conflit entre l’homme et les choses, la nature.

Une déclaration d’amour à la nature terrifiante

La mer et la tempête, les rochers et le brouillard deviennent des bêtes, des créatures, des chimères. Tout un bestiaire hante la contemplation de Giliatt, et à travers lui celle de Hugo et la nôtre, du vaste monde dont la mer est le vrai visage : une étendue inconnue et insondable. Un mot anglais pour rendre ce sentiment de sublime et de terreur : awe.

On trouve dans cette œuvre tout ce qu’on vient chercher dans le roman d’aventure romantique : le vertige de l’immensité, la noyade dans l’effroyable interrogation, et le plaisir de l’air salé.

Texte et illustration : Charlie PLÈS.

Les travailleurs de la mer, Victor Hugo, Le Livre de Poche Classiques, 2022 [1866], 674 pages.

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