La déesse qui rêvait du ciel : une ode aux actes manqués

Premier roman de l’autrice américaine Crystal Hana Kim, La déesse qui rêvait du ciel raconte l’histoire de la jeune Lee Haemi, contrainte de fuir avec sa mère et son frère malade vers un camp de réfugiés lorsque l’armée nord-coréenne envahit son village au début des années 1950. Avec la guerre de Corée comme toile de fond historique, Haemi navigue entre les dernières bribes de son enfance accompagnée de son ami Kyunghwan et les prémices de l’exigence de sa vie d’adulte.

Lee Haemi n’a que seize ans lorsque la guerre bouleverse sa vie. Pour échapper à l’armée nord-coréenne soutenue par les communistes, elle fuit avec sa mère et son petit frère Hyunki vers le sud du pays. La vie de réfugiée est rude. La famine, le manque de médicaments pour son frère et l’innocence volée par la guerre, contraignent la brillante Haemi d’abandonner ses études pour aider sa mère. Cependant, elle trouve de l’apaisement aux côtés de son ami et amour de toujours, Kyunghwan. Entre les virées en vélo sous les étoiles, les sorties déguisées dans les bars et les discussions à cœur ouvert, Haemi retrouve avec lui un semblant de vie normale et de bonheur. Ce dernier est néanmoins très pris par ses études et laisse son cousin fortuné, Jisoo, courtiser la belle jeune fille. Incitée par sa mère et y voyant une lueur d’espoir pour améliorer la vie de sa famille, Haemi accepte de l’épouser, lassée d’attendre Kyunghwan. Cette décision entraînera une cascade de discordes tragiques, faisant d’Haemi une déesse maudite qui ne cessera de chercher sa place.

Lee Haemi était toujours une déesse descendue du ciel mais, à la fin, elle n’était pas faite pour ce monde, où un nom, une vie, une femme, pouvaient être pris entièrement.

Sous une plume raffinée et riche en détails, Crystal Hana Kim conte une histoire bouleversante dans un pays scindé et une société en pleine métamorphose. La vie d’Haemi est une succession d’actes manqués entre elle et Kyunghwan, d’incompréhensions avec sa mère et de soumissions à son mari. Sur une péninsule déchirée par la Guerre de Corée (1950-1953), la société conservatrice attend d’une jeune femme qu’elle soit une bonne fille, une bonne épouse et une bonne mère. Cette pression enferme Haemi dans sa condition de femme et la soumet aux désirs des autres, jusqu’à oublier ses propres aspirations et envies. Elle se retrouve malheureuse dans sa vie de couple et forcée à la maternité tandis qu’elle voit son petit frère poursuivre des études dont elle aurait rêvé. Sa vie est une succession de tragédies. De la perte de son foyer et de membres de sa famille, en passant par son amour de jeunesse, la jeune femme s’est vue enchaînée à une vie qu’elle ne désirait pas, jusqu’à se perdre elle-même. Son ultime acte marque son émancipation, tardive certes, mais vers le royaume des cieux où elle pourra être la déesse qu’elle n’a jamais pu être sur terre.

Texte et photo : Marion POTTIER.

La déesse qui rêvait du ciel, Crystal Hana Kim, 2018, traduction par Suzy Borello, Hauteville, 480 pages.