Farenheit 451 : prophétie de l’Amérique trumpienne ?

Dans le monde de Farenheit 451 (1953), Ray Bradbury invente une dystopie où les pompiers ne servent plus à éteindre les incendies, mais au contraire à carboniser les maisons où sont cachés des livres. Une fiction on ne peut plus actuelle, à l’heure où le président de la première démocratie du monde organise une censure massive sur la science et la culture et réécrit l’Histoire.

Le livre est devenu la preuve condamnable de l’opposition. Opposition à quoi ? Bardbury est assez subtil là-dessus. On ne sait pas vraiment qui fait régner de manière si systématique cet anti-intellectualisme : l’État ? L’armée ? Les pompiers ? Ou simplement la société dans son ensemble, presque comme un nouveau contrat social où il s’agirait non plus de vivre ensemble, mais de vivre seuls jusqu’à s’oublier.

Le divertissement est la règle d’or (tout comme dans Le meilleur des mondes d’Huxley (1932)). Une télé-réalité continue projetée sur les murs empêche de se reporter au réel, de penser, d’observer le monde, et donc de sombrer dans la mélancolie, de se rappeler que la guerre est là.

La cancel culture*

L’un des passages les plus essentiels du livre, c’est le monologue du capitaine Beatty, chef des pompiers au caractère ambigüe qui applique à la lettre la loi des livres brûlés, mais qui contient toute une bibliothèque dans sa tête. Beatty raconte comment les choses en sont arrivées là, ce sont d’abord les sensibilités opposées des différentes minorités qui ont conduit à la censure : Bradbury avait théorisé la cancel culture. Puis, cette censure par respect des sensibilités a dégénéré jusqu’à un système de total refus de toute contradiction, et donc de négation de la pensée et des faits. Et là, le parallèle au trumpisme, et plus largement à la post-vérité, est évident aujourd’hui.

Seul espoir restant : la mémoire. Planqués dans les têtes, les livres restent à l’abri des flammes. Jusqu’à ce qu’on décide de brûler les têtes.

Texte et illustration : Charlie PLÈS.

*Cancel culture ou culture de l’annulation : 1. rejeter des personnes, des œuvres, des idées,… 2. dénoncer les paroles ou actes d’une personne jugés inacceptables.

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