« Je m’appelle Julian Atzenhoffer, j’ai 20 ans et je suis en troisième année de licence de droit au Mans. J’ai la chance, pour le second semestre*, d’être en échange universitaire, grâce à Erasmus, à Saint-Jacques-de-Compostelle. Cette série d’articles a pour vocation de produire un guide pratique du système Erasmus, de la ville et de ses alentours. Ce troisième article est consacré à la présentation du carnaval. »
Une fête malgré la pluie
Du 13 au 17 février 2026, Saint-Jacques-de-Compostelle a vibré sous les rugissements des tambours, trompettes, cornemuses et foules costumées. Malgré la pluie, plus que fréquente en « Bretagne espagnole », les habitants n’ont cessé de festoyer dans les rues, principalement dans la vieille ville, autour du carnaval, moment important dans la culture galicienne.
Une fête désormais profane aux origines religieuses
Il n’est pas étonnant que la Galice ait plus la culture du carnaval que la France. Pour les Espagnols, ce n’est pas une simple fête : c’est une institution. L’histoire du carnaval à Saint-Jacques-de-Compostelle remonte à plusieurs siècles. Ses origines sont liées aux pratiques médiévales de la ville, où les habitants mêlaient célébrations religieuses et fêtes profanes pour marquer la fin de l’hiver et l’arrivée du printemps. À cette époque, les festivités consistaient principalement en défilés de masques, chants, danses et farces, souvent accompagnés de plats gras et sucrés pour « vider la maison » avant le Carême**.
Aujourd’hui, le carnaval populaire n’a plus grand-chose de chrétien. Il permet surtout, au milieu de mers de parapluies, de présenter la diversité culturelle espagnole et d’entonner en cœur les chants locaux, ou de se trouver des partenaires de danse.
Las Dos Marías, symboles de joie et de libération
Ce qui rend le carnaval de Saint-Jacques-de-Compostelle différent des autres carnavals est un symbole : celui des Dos Marías.
Las Dos Marías étaient deux sœurs compostelanes : Maruxa (née en 1898) et Coralia Fandiño Ricart (née en 1914). Elles sont devenues des personnages incontournables de la vie urbaine des années 1950 à 1970 en résistant, toujours vêtues de couleurs on ne peut plus vives, au franquisme***. La tradition veut donc désormais que les participants au carnaval, hommes comme femmes, se vêtissent comme elles, en sortant leurs plus belles perruques, ballerines colorées et habits tapageurs. Une statue en leur honneur a été érigée dans le Parque de la Alameda et se prendre en photo avec elle est devenu un incontournable de la cité.
Texte et photos : Julian ATZENHOFFER.
Plus d’articles Erasmus à Saint-Jacques-de-Compostelle ici.
*Semestre : unité de mesure de l’année scolaire correspondant, en réalité, à 4-5 mois en fonction des établissements.
**Carême : période de quarante jours dans le calendrier chrétien, précédant Pâques, portée vers le jeûne, l’aumône, la prière et la charité.
***Franquisme : dictature de Francisco Franco en Espagne (1939‑1975), marquée par la répression politique et le nationalisme catholique.
