Adapté du phénomène d’Internet par le jeune prodige Kane Parsons, plus connu sous le nom de « Kane Pixels », Backrooms réinvente complètement le cinéma d’horreur. Le film réussit le pari de transformer des décors banals et ordinaires, en un piège infini et profondément terrifiant. En nous plongeant dans ce labyrinthe jaune sans fin, le réalisateur joue avec nos nerfs et nous plonge dans une angoisse psychologique particulièrement marquante.
Dès les premières séquences, Backrooms nous plonge dans une atmosphère à la fois familière et profondément anxiogène. C’est à travers les yeux de Clark, incarné par un Chiwetel Ejiofor magistral et bouleversant, que le spectateur bascule de l’autre côté du miroir. Les premières illustrations capturent parfaitement cette rupture : un homme ordinaire, terrassé par l’incompréhension, errant au milieu de nulle part.

Ce décor d’un jaune fétide, dépouillé de tout repère, matérialise ce que l’on appelle un espace liminal : un lieu de transition, vidé de sa fonction première, qui suscite un sentiment d’étrangeté. Clark n’est pas seulement perdu, il est prisonnier de ses propres regrets, condamné à déambuler dans une métaphore architecturale de sa propre solitude.
La bascule s’accélère lorsque la thérapeute de Clark, interprétée avec une intensité remarquable par Renate Reinsve, découvre à son tour cette anomalie.


À cet instant, le long-métrage dépasse le simple cadre du film de monstres pour devenir une œuvre existentielle. Ce n’est plus seulement la peur de ce qui rôde dans l’ombre qui paralyse les personnages, mais la confrontation brutale avec l’infini et la vacuité d’un monde absurde.
La grande force de cette production A24 réside dans son minimalisme formel. Quelques chaises isolées au loin, une perspective sans fin, et ce bourdonnement incessant de l’éclairage fluorescent. Le réalisateur orchestre une véritable scénographie de l’isolement, où chaque recoin se ressemble et où la paranoïa s’installe insidieusement chez le spectateur.
Backrooms s’impose indéniablement comme l’un des chocs cinématographiques majeurs de l’année 2026. Une œuvre viscérale qui prouve que l’immensité peut s’avérer bien plus claustrophobique que la plus étroite des prisons.
Texte : Pablo RICHARD.
Backrooms est en salle depuis le 17 juin 2026. Durée : 1h51. Interdit – 12 ans avec avertissement.
