Proust (1930) est un des premiers textes publiés de Beckett. Un travail critique qu’il a eu un mal terrible à écrire. Le texte, dans son fond, comme dans sa genèse erratique, entretient avec le reste de l’œuvre de Beckett un certain rapport programmatique.
Le Proust de Beckett est fondateur de son œuvre tant il pose les principes qui vont conduire toute sa philosophie et son esthétique. Il est même impressionnant que ce texte précoce, écrit à seulement 24 ans, pose des fondements qui perdurent jusqu’aux derniers textes de Beckett. Pour Beckett, la lecture de Proust, quoique pénible, a été essentielle, au moins autant que celle de Joyce.
Trois forces chez Proust
Beckett analyse l’œuvre de Proust comme un « système », ce terme est inadéquat, mais s’impose à défaut d’un plus juste. Système où se confrontent trois forces : le temps, l’habitude et la mémoire. En développant plusieurs exemples d’épisodes de La Recherche du temps perdu, l’auteur élabore les concepts qui forgeront sa propre écriture.
S’impose alors le temps qui se perpétue et s’annule incessamment, dans un double mouvement de survivance et d’annihilation ; l’indistinction du sujet et de l’objet qui se confondent dans un nouveau rapport* ; l’existence larvaire de l’être humain qui poursuit un but indéfini et vain.
Quant à savoir si cette analyse est pertinente concernant La Recherche du temps perdu, on laisse en juger les proustiens ; mais le fait est que l’essai de Beckett reste une référence en la matière par la singularité de son point de vue, alors que l’œuvre de Proust restait encore relativement méconnue.
Texte et illustration : Charlie PLES.
*Une idée davantage développée dans Le monde et le pantalon et Peintres de l’empêchement, deux essais esthétiques incontournables pour comprendre l’œuvre de Beckett.
