Arthur Ely mêle habilement chanson française, rap et bossa-nova et touches électros. L’auteur-compositeur-intérprète défendSaignant, un deuxième opus aux textes poétiques, vibrants, mélancoliques et lumineux. En marge de sa propre tournée, il assure les premières parties des concerts de Vanessa Paradis. Ce jeune conteur des temps modernes s’est confié après sa prestation à l’Arena Loire de Tréalazé (Maine-et-Loire) le 10 avril 2026.
Comment es-tu venu à l’écriture? Lorsque je me suis mis à la guitare, je ne souhaitais pas faire de reprises, j’avais envie d’écrire mes propres textes. J’écrivais des chansons ignobles dont il ne reste heureusement aucune trace(rires). Ces deux dernières années, j’ai cherché une forme hybride et pertinente pour raconter des histoires. Je suis arrivé naturellement sur cette forme de parler-chanter dans ma manière d’interpréter.
« Georges Brassens est une référence majeure »
Quelles étaient tes influences? Je cite en premier lieu Brassens comme référence. Il était le conteur par excellence, il a été un créateur des mondes. Lorsque j’ai commencé à écrire, je me suis bâti ma culture de la chanson française. Je me suis notamment intéressé au répertoire de Gainsbourg et Alain Souchon. J’ai également écouté du rap, genre dans lequel la culture orale est très importante.
« Saignant résonne avec la question du deuil, le rapport entre les vivants et les morts »
Qu’est-ce qui se cache derrière Saignant, le titre de ton 2e albumstudio? J’aime ce mot incisif qui évoque aussi la poésie, une langue vivante avec laquelle je voulais me connecter. J’ai envie de renouer avec cette langue comme le sang qui coule en nous. Ce titre résonne avec question du deuil, le rapport entre les vivants et les morts et la paix que nous pouvons avoir avec les personnes qui ne sont plus là.
Le deuil et la résilience sont des sujets abordés dans cet album. J’ai écrit beaucoup de morceaux avant d’en retenir douze au final. J’ai réalisé après coup que ces thématiques revenaient fortement. C’était inconscient, je n’avais rien prémédité. J’aime que les chansons ne soient pas premier degré. J’aime qu’on puisse voir le deuil ou l’envie de se reconstruire après une épreuve difficile comme un décor ou une trame de fond. J’aime aussi jouer sur les contrastes. Il nous arrive d’être tristes et heureux en même temps.
«Beaucoup ont découvert mon projet avec Hyperpoésie»
Que gardes tu de l’expérience Hyperpoésie(live session)? L’idée était de renouer avec l’esprit de mes débuts dans la musique. On se posait avec des guitares au bord des quais, à Strasbourg, et on racontait des histoires en musique. Je voulais revenir à l’essentiel, au squelette de la chanson, avec juste des guitares acoustiques et des voix. Le but était de se retrouver ensemble, entre amis. On se sentait comme chez nous, dans notre salon. Beaucoup de gens ont découvert mon projet par le biais de cette session.
Pourquoi poses tu au côté d’une poule sur le visuel de l’album ? Je me suis rendu compte que le rapport au deuil s’est mélangé avec l’attention pour les animaux. C’est passé aussi par la poésie. Je suis devenu végétarien il y a quelques années pour raisons personnelles et écologiques. Je ne connaissais pas grand-chose aux animaux. J’ai appris à mieux les connaître. La tendresse que j’ai envie d’éprouver avec les personnes que j’ai perdues s’est tissé avec la condition des animaux que l’on tue de manière atroce. Pour la petite histoire, cette poule était destinée à être mangée dans un restaurant. Elle vit désormais en région parisienne, dans une famille.
« Jouer en première partie de Vanessa Paradis est un beau défi »
Comment vis-tu le fait de jouer en ouverture des concerts de la tournée de Vanessa Paradis? Je me suis pincé pour m’assurer que c’était vrai lorsqu’elle m’a fait cette proposition. C’est allé assez vite. Elle m’a fait un retour positif de mon travail en me disant que mes chansons lui parlaient. J’apprécie qu’elle me laisse un espace pour les conter. Assurer la première partie de Vanessa Paradis est un défi, car je ne suis pas attendu. J’essaie de tirer le public par la manche. C’est une épreuve d’aller chercher les gens, mais j’aborde cet exercice sans stress.
Jaheli NAMAI. Photos : Mamadi Sangaré.
L’album Saignant d’Arthur Ely est disponible depuis octobre 2025. 12 titres. Instagram de l’artiste ici