Hyppolite Léon Denizard Rivail est un pédagogue français du XIXème siècle. En 1855, il découvrait la pratique des tables tournantes* originaire des États-Unis. Intrigué, il réitéra l’expérience et se rapprochait de différents médiums grâce auxquels il réussit à entrer en contact avec de nombreux esprits. De là, il a défini une philosophie qu’il a intitulé « spiritisme ». En 1857, il publie le Livre des Esprits sous le nom d’Allan Kardec, nom qui viendrait d’une vie antérieure dans laquelle il était druide.
La codification doctrinale du spiritisme
Allan Kardec ne cherche pas à argumenter sur l’existence ou non des Esprits, des êtres immatériels de pensées. Il n’en sera pas non plus le cas ici. L’auteur vient bien plus organiser un système de réponses supposément révélées.
Toute son œuvre prend la forme d’un dialogue. Le spirite pose des centaines de questions aux Esprits, des êtres sans nom ni forme, qui y répondent du mieux qu’ils peuvent, et surtout, du mieux qu’ils veulent, tout en mettant de la distance entre Eux et les vivants.
Toutefois, cette dialectique n’a rien de platonicien. La réponse n’apparaît pas grâce à la confrontation des idées mais uniquement dans une validation progressive d’un corpus déjà présupposé. La structure produit donc un effet de scientificité sans en adopter les exigences critiques.
De la philosophie de l’œuvre et du monde
Sur le plan conceptuel, Le repose sur une hiérarchisation des êtres et des mondes. Chaque être tend à se perfectionner pour se réincarner, au fur et à mesure des épreuves, en esprits supérieurs, moralement parfaits.
Les fondements de ce processus ne sont évidemment pas scientifiquement démontrables, puisqu’il dépend de l’acceptation préalable de l’existence des Esprits. Cela n’est pas étonnant puisque le texte s’inscrit dans un contexte où la frontière entre science, philosophie et spiritualité est encore instable.
Néanmoins, ce n’est pas vraiment ce qui importe. Lire le Livre des Esprits c’est aussi réconfortant. C’est se plonger dans une tranquillité qui nous susurre que, si la vie est dure, la prochaine le sera moins. Au fond, croire aux Esprits, c’est peut-être simplement espérer qu’ils existent.
Texte et photo : Constance JOSSE.
Le Livre des Esprits, 1857, Allan Kardec, publié aux éditions Dervy, 500 pages.
*Tables tournantes : procédé paranormal censé mettre en relation avec des esprits de l’au-delà.
