« Renoncer aux voyages » : voyager aujourd’hui ?

Alors que les dégradations environnementales et l’urgence climatique suscitent de plus en plus d’inquiétudes, mais que le tourisme de masse bat son plein, la question du voyage se pose : est-il encore légitime de voyager de nos jours ? Dans son ouvrage Renoncer aux voyages. Une enquête philosophique paru en 2024, Juliette Morice se lance sur quelques pistes de réflexion.

Voyager dans un monde déjà connu

À travers ce parcours rétrospectif sur le voyage, Juliette Morice nous invite à mettre en perspective nos pratiques du voyage et notre rapport au monde. À l’ère de la mondialisation, les déplacements sont devenus plus rapides et plus faciles, conduisant à une sensation de rétrécissement du monde. Ces circulations à l’échelle de la planète entraînent également un phénomène d’homogénéisation des paysages urbains. Ces deux phénomènes, parmi d’autres, commencent en vérité aux Temps modernes et inquiétaient déjà alors : comment faire de vrais voyages et découvrir des territoires encore inconnus alors que disparaissent les blancs de la carte ?

Se déplacer à travers les siècles

L’auteure décrit diverses modalités de déplacement, rudimentaires ou techniquement très avancées, appréciées tantôt pour leur tranquillité, tantôt pour leur rapidité. Elle les évoquent à travers l’exemple d’auteurs : Jean-Jacques Rousseau pour la marche, Marcel Proust pour le train, Françoise Sagan pour la voiture, Claude Lévi-Strauss pour le bateau, Saint-Exupéry pour l’avion, Montaigne pour le cheval, Maurice Leblanc pour la bicyclette… La variété de formes que peut prendre le voyage d’un mode de transport à l’autre – le corps est en mouvement dans la marche ou à cheval, tandis qu’il est immobile lorsque l’on prend le bateau ou l’avion – invite à reconsidérer ce qu’est voyager.

Découvrir ou (re)connaître

Voyager, c’est voir, pour savoir. L’injonction au voyage semble postuler la primauté de l’expérience personnelle de l’altérité dans la construction du savoir. Il faut voir de ses propres yeux, entre désir de connaître d’un observateur distant et plaisir de voir d’un spectateur complaisant. Mais les connaissances acquises lors du voyage sont élaborées en amont… Le voyageur s’attend à trouver l’ailleurs aussi étrange qu’il se l’est figuré. De sorte que le voyage a pour but de vérifier que les choses sont bien ce que l’on croit qu’elles sont, plus encore dans un monde où plus rien n’est véritablement nouveau.

Texte et illustration : Alex ALIX.

Renoncer aux voyages. Une enquête philosophiqueJuliette Morice, Paris, Presses Universitaires de France, 2024, 241 pages.

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