Éthique à Nicomaque semble être une de ces œuvres vieilles comme le monde que l’on peut lire sans fin tant on les respecte. Aristote, au quatrième siècle avant J.-C., posait déjà une question d’une simplicité désarmante : qu’est-ce qu’une vie réussie ?
L’eudaimonia comme fin ultime de l’homme
À travers ses 11 propositions, Aristote ne donne pas une leçon de morale mais essaie de comprendre ce que signifie bien vivre. Très vite, une idée s’impose : l’homme poursuit l’eudaimonia, ce bonheur qui n’est pas un état passif, ni une chance, ni un hasard mais bien plus une pratique. Il ne s’agit pas d’un plaisir immédiat, mais bien d’une satisfaction durable issue d’un accomplissement.

Pour y parvenir, Aristote ne parle ni de sacrifice extrême ni de perfection inaccessible. Le philosophe grec parle de mesure. Le bien se trouverait au sein de l’équilibre fragile entre l’excès et le manque : le juste milieu.
Un travail intense sur la vertu
Aristote écarte directement d’un revers de main la vertu innée. On ne naît pas vertueux, on le devient. Par répétition. Par habitude. Par choix. La vertu n’est pas une qualité abstraite, c’est une discipline quotidienne. Une manière de se construire soi-même, geste après geste.
La sociabilité naturelle de l’homme
Si la vie enseigne bien une chose, c’est que ni la vertu ni le bonheur ne peuvent être atteints seuls. L’amitié, chez Aristote, n’est pas un bonus agréable, c’est une condition essentielle d’une vie accomplie. Non pas l’amitié utilitaire ou superficielle, mais celle qui repose sur la reconnaissance mutuelle, sur le respect, sur une forme d’exigence partagée. Une amitié qui élève, au lieu de simplement rassurer.
Mais cette amitié, tout comme bien vivre, demande du temps, de la stabilité, une certaine continuité. À l’heure où tout pousse à l’immédiateté, Éthique à Nicomaque agit comme un contrepoint radical. Il ralentit. Il oblige à penser en profondeur, à accepter que vivre bien ne soit ni simple, ni rapide, ni spectaculaire.
Malheureusement, le texte ne donne évidemment pas de recette miracle, puisqu’il n’en existe pas. À la place, il propose un cadre, une exigence, une direction : celle d’une vie construite, réfléchie et assumée.
Texte et photographie : Clément TERRASSE.
Éthique à Nicomaque, IVe siècle avant J.-C., Aristote, publié aux éditions GF Flammarion, 560 pages.
