Jacques le fataliste : le destin tourné en ridicule ?

            Jacques le fataliste, de Denis Diderot, a beau avoir été écrit durant le Siècle des Lumières, il nous parle encore aujourd’hui, abordant certaines questions intemporelles de l’homme, tout en demeurant une lecture de plaisir grâce à l’humour bien particulier de Diderot.

            Ces deux personnages seraient en eux-mêmes bien suffisants pour faire de Jacques le fataliste un excellent livre plein d’humour et d’esprit : le valet bavard et alcoolique ne cesse d’importuner son maître borné et discret, tout en s’adonnant parfois à des réflexions philosophiques centrées sur le fatalisme, l’idée d’une destinée écrite à laquelle on ne pourrait rien.

            Mais leurs aventures les conduisent à entendre les histoires de plusieurs personnages secondaires, dont les récits s’enchâssent et empêchent Jacques de terminer l’histoire de ses amours, différée tout le long du livre. On a ainsi une lutte incessante entre les différents narrateurs, Diderot compris, celui-ci peinant à se faire entendre au milieu de toutes ses voix, et abandonnant quelquefois ses personnages trop bruyants pour s’adresser directement au lecteur.

            Diderot réfléchit alors sur le roman, donne son avis sur les idées de Jacques, celles du maître… Car les deux protagonistes pourraient bien n’être finalement que les deux faces de l’esprit perplexe de Diderot qui s’interroge sur la possible existence d’un destin que Jacques invoque sans cesse dans sa litanie comique : « Il fallut que cela fût écrit là-haut ! »

            Hybride perdu parmi les genres littéraires, Jacques le fataliste, c’est donc la cacophonie du débat intérieur qui anime l’auteur. Le fatalisme y est certes observé sous l’angle de l’ironie, mais après tout, en lisant le livre… n’avons-nous pas la preuve que l’histoire de Jacques est écrite là-haut ?

Charlie PLES.

Illustration : Charlie Plès.

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